Archives de Catégorie: Voyage en Jamaïque

Jour 5: À moi le vrai jerk chicken traditionnel!

On était chez mes beaux-parents à Toronto quand notre projet de voyage en Jamaïque s’est concrétisé.  Outre mon intérêt à découvrir la culture et l’histoire familiales de mon chum, j’avais un double agenda. Mon objectif personnel dans ce voyage, c’était de me gaver de jerk chicken, jusqu’à ce que je trépasse sous l’effet du piquant. Le jerk, c’est le poulet ultra épicé que les Jamaïcains cuisent sur des branches de pimento, l’arbre qui produit les graines de pimento. Ici, on appelle ces graines le piment de la Jamaïque, ou encore le Allspice. Avec le piment scotch bonnet, le pimento est l’épice principale de la recette traditionnelle.

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J’ai pris cette photo chez Scotchies, une institution en Jamaïque.

Le soir du jour 5, nous étions à Negril, et tous s’étaient mis d’accord pour aller dans un resto à jerk chicken,  « question que je sacre patience à tout le monde et qu’on en finisse avec mon satané poulet jamaïcain ».  C’était pas leurs paroles exactes, mais je pense que ça traduit bien la pensée générale à ce moment-là.

Comble de malheur, à notre arrivée, il n’y en avait déjà plus.  Histoire d’éviter le pire, Doreta a décidé que le lendemain soir, elle ferait son propre poulet jerk et m’expliquerait chacune des étapes.  Je trépignais.  Je valsais dans la maison.  Ma vie était un tourbillon de bonheur en croûte d’épices jamaïcaines. Le lendemain, je mangerais du vrai-vrai jerk chicken!

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-Prends des notes! qu’elle me dit le lendemain soir.

Je cours chercher mon Ipad, mon Iphone, un crayon, une feuille, mon appareil photo, je suis toute énervée, mon chum me dit de me calmer, c’est toujours bien juste du poulet. Jamais une volaille ne m’avait procuré autant d’excitation. Doreta m’a énuméré toutes les épices de la recette traditionnelle qui, finalement, sont toutes simples. Des graines de pimento, du poivre, beaucoup d’échalotes françaises, de l’ail, de la poudre d’ail, de la poudre d’oignon, et le scotch bonnet.

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Notre jerk chichen en préparation.

Elle utilise aussi un peu de la sauce jerk vendue à l’épicerie parce que sa liste d’ingrédients contient tout ça,  et aucun mot chimique imprononçable. Étonnament. Vive la Jamaïque. Vous comprendrez que j’en ai rapporté 6 pots.

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Le tiers d’une cuillère à soupe est suffisant. Oui, c’est si épicé que ça.

On a mélangé le tout, et massé le poulet pour bien l’enrober avant de l’enfourner.  Doreta avait les deux bras dans le four quand elle s’est exclamée:

-Ahhhh! J’allais oublier!

-Hen! Quoi?  Quessé, comment, pourquoi, où suis-je, que vais-je, que sais-je?!

La préparation avant et après la cuisson

La préparation avant et après la cuisson.

-J’ai une épice secrète que j’ajoute à la recette, qu’elle me dit, l’oeil pétillant. C’est ma touche personnelle, et ça fait toute la différence.

– Qu’est-ce que c’est? je chuchotais tellement je sentais qu’elle me livrerait une information privilégiée.

Elle ne répondait pas, elle fouillait dans ses armoires. Après avoir vu mon beau-père croquer un oeil de poisson avec délectation, j’étais prête à tout. Je m’imaginais toutes sortes d’ingrédients spéciaux et introuvables au Québec: un oeil de grenouille confit, une griffe de lapin réduite en poudre au mortier, du cartilage de lama bouilli, peut-être?

Elle a sorti un gros pot en plastique transparent et s’est exclamée:

-Je mets l’épice à poulet du COTSCO!

Recette traditionnelle, que je disais?

 

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Jour 4 : Il n’y a pas d’âge pour se faire garder

C’était une fin d’après-midi magique, mais mon sentiment de paix intérieure n’a pas duré longtemps.  J’étais dans la mer et les gars sur la plage à se lancer le ballon de foot quand j’ai senti une présence émerger derrière moi.  La présence s’est confirmée quand j’ai vu les visages de stupéfaction des gens sur la plage.  Quand je me suis retournée, une immense raie qui flottait 6 pouces au-dessus de l’eau me fixait. Yeux dans les yeux.

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Ça n’a duré qu’une seconde, puis elle a replongé pour disparaître je ne sais où.  Et c’est exactement ça qui m’inquiétait.  Près de moi, une Jamaïcaine n’avait eu connaissance de rien, mais en me voyant nager vers la plage dans une détresse absolue, elle ne s’est pas posé de question et elle a fait de même. Elle s’est lancée vers la plage dans une détresse absolue, sans savoir pourquoi. Deux folles.

(Pour les sceptiques, voici un magnifique vidéo qui prouve, à partir de la 40e seconde, que des raies, oui, ça vole.)

Je suis sortie de la mer à bout de souffle. Félix, mon beau-fils de 9 ans, affichait un regard d’ado. Celui qui est reconnu internationalement. Celui qui veut dire  « Je te l’avais dit. »  Puis, il a déclaré avoir besoin d’une salle de bain.

Voix d’annonceur maison: « Dans la catégorie mauvais timing, le gagnant est… »

Une plage locale, c’est local dans le sens de « pas de service ».  Les gars sont donc partis en expédition, tandis que j’attendais Doreta qui devait venir nous chercher d’une minute à l’autre.  Non, on n’avait pas de cellulaire. Oui, on l’a regretté.

J’étais certaine que tout irait bien, mais je vous jure, ça faisait pas 2 minutes qu’ils étaient partis que le soleil s’est couché, et tous les enfants qui se baignaient en lançant des cris de joie se sont comme volatilisés.  Partout où je regardais, il n’y avait plus que des Jamaïcains. Louches. J’étais la seule et unique femme de l’endroit, et j’étais aussi la seule touriste. Ma paix d’esprit a pris le large, elle nageait côte à côte avec la raie volante.

J’attendais, assise sur le sable dans ma p’tite robe rayée, entourée de nos sacs à dos, matelas de bronzage et autres ballons de football.  Les 12 Jamaïcains formaient un demi-cercle autour de moi, à une distance d’environ 30 pieds, mais aucun d’eux ne s’avançait.  Je faisais  semblant d’être en plein contrôle de la situation mais intérieurement,  je hurlais Maman, viens me chercher.

Au bout de ce qui m’a paru 3 jours, les gars sont revenus et ont croisé ma paranoïa qui venait de déclarer : bon ben moi j’vais y aller!

L’énervement passé, j’ai réalisé que la plage était un endroit où les Jamaïcains se tiennent, le soir,  comme un bar à ciel ouvert.  Mais j’étais intriguée de voir mon chum tendre de l’argent au sosie de Bob Marley et lui serrer la main.

-C’était qui le gars?

-Ta gardienne.

-Tu m’as confiée à lui sans avoir vu sa carte de gardienne avertie?

-Il a mieux que ça. Il a le respect.  Il a fait comprendre à tout le monde de ne pas t’approcher.

(Pour sa facilité à sizer les gens, je prédis que mon chum recevra bientôt un doctorat honorifique.)

-C’est pas une gardienne, c’est un garde du corps! Wow!

-Habitue-toi pas trop.

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Jour 3 – Ne devient pas Jamaïcaine qui veut

Je suis toujours prête à découvrir de nouveaux endroits. Quand on m’a annoncé qu’on allait visiter le cimetière familial, j’étais enchantée.  Quand j’ai appris que le-dit cimetière se trouvait tout en haut d’une montagne qu’il fallait gravir,  j’ai déchanté. Qui voudrait escalader une montagne par cette chaleur? Ensuite, c’était la promesse, nous irions à la plage. Doreta a dû me répéter au moins 4 fois de mettre des pantalons et des chaussures fermées.  Comme je m’attendais plus à une butte de terrain de mini-putt qu’à l’Everest, je ne l’ai pas prise au sérieux et je suis montée dans la voiture en robe soleil et en gougounnes.

Durant les premiers jours du voyage, j’avais du mal à m’habituer à la conduite à gauche et au volant à droite. La voiture, elle, avait du mal à avancer sur la route très abrupte et incroyablement étroite qui contournait la montagne.  J’ai prié, en vain,  pour qu’on ne croise personne. Quand une voiture est arrivée en sens inverse, donnant l’impression d’être pilotée par un Jacques Villeneuve en état d’ébriété, j’ai retenu mon souffle. Elle est passé « entre la peinture et la tôle », comme dirait mon père.

Après une longue ascension, (en voiture!) la route était bloquée par une végétation abondante. Visiblement, personne n’avait mis les pieds à cet endroit depuis longtemps.

-Bon ben, on va r’virer de bord, j’cré ben!

J’étais prête à rebrousser chemin et à gagner la plage la plus près, mais mon chum a entrepris d’ouvrir la route en aplatissant tout ce qui se trouvait sur son passage. (J’ai marié un viking.)  Je l’ai suivi, ainsi que Félix et mes beaux-parents.  Le soleil plombait. Le branchage, qui nous montait jusqu’à la taille, me grafignait les mollets et ça m’écoeurait de ne pas voir où je mettais les pieds.  J’avais le goût de me plaindre comme une gamine mais sachant que j’avais choisi de ne pas écouter Doreta,  j’ai aussi choisi de la fermer. Surtout que Félix, 9 ans, suivait sans broncher. C’est ça l’ennui avec les enfants. Faut toujours donner l’exemple. 😉

Je chialais mentalement: « J’peux pas croire qu’on doive faire ça. Quand je pense que je pourrais être à la plage. Je suis sûre qu’on en a pour 5 kilomètres! Ça va prendre la journée… »

Chaque fois que mon chum se retournait pour s’assurer que tout le monde suivait, je lui faisais un grand sourire forcé. Et son regard disait: Je le sais que tu capotes en ce moment. Merci de faire l’effort.

L’avantage de toujours s’attendre au pire, c’est qu’on n’est jamais déçu. Une clairière est apparue comme par magie, seulement 500 pieds plus loin. C’était vraiment impressionnant parce que rien n’annonce qu’un cimetière privé se trouve à cet endroit.

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La pierre tombale la plus récente était identifiée et datée 2010 mais les plus anciennes étaient totalement anonymes. Mes beaux-parents, pour avoir assisté à plusieurs funérailles à cet endroit, savent qui y est enterré mais il leur est difficile de se rappeler sous quelle pierre exactement.  On a passé une bonne heure en haut de la montagne à cueillir des feuilles de pimento (l’épice principale du jerk chicken, qu’on appelle aussi le allspice) avant de redescendre et de se diriger vers la plage. Thank god.

Même si les hôtels tout inclus se sont approprié les plus belles plages de toutes les destinations soleil, les plages locales sont beaucoup plus intéressantes à mon avis.  Celle qu’on a visité en fin de journée s’appelle Old Steamer.  C’est là où mon beau-père se baignait quand il était jeune. La plage tire son nom de l’épave qui se trouve dans l’eau, celle d’un vieux bateau à vapeur. Le site était désert et nous avions la mer rien qu’à nous. On se sentait totalement VIP.

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Avant de rentrer à la maison, on a soupé dans ce que je qualifierais de truck stop jamaïcain. Le resto semblait avoir été installé sous le toit d’une ancienne station service. Le poisson frit était la spécialité, et je dois dire que c’est le meilleur poisson que j’ai mangé en 30 ans, moi la dédaigneuse qui déteste les poissons entiers.

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C’est là que j’ai découvert les « festivals », le nom qu’on donne aux beignets un peu sucrés servis en accompagnement.  Délicieux! Tranquillement, je sentais que je prenais le beat du pays. J’étais chaque jour un peu plus locale et de moins en moins touriste.  Jusqu’à ce qu’Arthur  me propose de goûter aux yeux du poisson.

-C’est le meilleur! qu’il me dit, faisant exploser un oeil sous sa dent.

Je ne me suis jamais sentie aussi québécoise qu’à cet instant-là.

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Jour 2: Une « journée » à la plage

Fin du suspense: mes beaux-parents sont arrivés 15 minutes plus tard.

En sortant de la chambre le lendemain matin, j’ai tout de suite constaté que ma belle-mère était plus économe que moi. (Je pensais pas que ça se pouvait.)  Question de sauver les coûts d’énergie, la climatisation ne fonctionne que la nuit.  15 secondes ont suffit pour que l’eau me ruisselle derrière les genoux, mais j’étais certaine que j’allais m’habituer à la chaleur.  Pendant qu’on déjeunait, je réalisais la chance qu’on avait d’être là. Mais c’est le moment qu’a choisi la plus grosse coquerelle du monde pour faire une entrée magistrale dans la salle à dîner.  Et comme c’est le cas chaque fois qu’une bibite immonde se pointe, c’est moi qui l’ai vue en premier.

J’étais debout sur ma chaise et des frissons de dégoût me parcouraient le corps, me donnant des airs de danseuse comtemporaine.  L’intérêt d’Arthur pour la coquerelle sur une échelle de 1 à 10?  À peu près moins 4. Il mangeait  son poisson salé sans broncher. Oui, du poisson salé. Pour déjeuner.

Il n’a levé les yeux vers moi qu’une seule fois, avec un sourire en coin, puis s’est tourné vers son fils, l’air de dire « t’as vraiment marié une québécoise » avant de retourner à son poisson.

Armés d’un  balai, Alex et Doreta couraient après la coquerelle. Alex voulait  lui donner une seconde chance en la relâchant dehors mais Doreta insistait pour qu’il la tue. Moi, toujours debout sur ma chaise,  je militais clairement en faveur de la 2e option.

-TUE-LA! TUE-LA ALEX!!!

La scène était burlesque.

J’ai recommencé à vivre en voyant que la coquerelle, elle, avait trépassé. La journée pouvait commencer.

10:30. Je lis Fifty Shades of Grey sur le balcon en attendant le départ pour la plage.

-Alex, on part dans combien de temps?

-Arthur est en train de nous préparer des noix de coco.

11:30. Alex, on part dans combien de temps?

-Une amie de Doreta qui vient d’arriver.

13:00. Alex, l’amie est partie, on part dans combien de temps?

-Doreta veut préparer le souper avant de partir.

15:00. Alex, on part dans combien de temps?

-On attend le voisin, il va nous amener des mangues.

Ben croyez-le ou non, quand mes orteils ont touché le sable, le soleil se couchait. J’exagère même pas.sunset-across-the-roadC’était une petite plage locale, comme sur un coin de rue.  L’eau était claire et chaude. On a bien ri quand Félix a crié qu’il venait de voir une raie sauter hors de l’eau.  Je me suis même un peu moquée de lui. Dans le sud ou au chalet, je préfère ne pas savoir ce qui se trouve sous l’eau. Je préfère vivre dans le déni.

Sans surprise, après 40 minutes à se baigner sans soleil, on était gelés. On est rentrés à la maison.

Doreta, en enlevant ses gougounes dans l’entrée:

-N’est-ce pas génial, passer la journée à la plage?

J’ai éclaté de rire.

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Jour 1 – Notre arrivée en Jamaïque

Arthur, le père de mon mari, est jamaïcain et retraité.  (Je dis mari parce qu’on est mariés, mais aussi parce qu’ Alex prétend qu’avec tout ce que je lui fais endurer, il mérite son titre officiel.)

En bon snowbird qu’il est, Arthur quitte Toronto chaque année pour passer  l’hiver dans son pays natal.  Le 28 décembre dernier, on est partis le rejoindre, ainsi que sa femme Doreta, pour deux semaines de vacances dans la maison familiale.  Il n’y a rien comme découvrir un pays en compagnie de ceux qui l’habitent. Je vais donc tenter de vous raconter ce voyage extraordinaire, jour par jour. Faites le compte, vous devriez, au cours des prochaines semaines, recevoir 14 récits. Voici le premier.

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Jour 1- L’arrivée

À l’aéroport de Montego Bay, Alex, mon (très) beau-fils et moi avons été accueillis par un représentant Transat, chargé de nous escorter jusqu’à l’autobus.  Celui qui fait la run de lait des hôtels tout inclus.  Dire que  Monsieur Transat était surpris de nous voir quitter le groupe et nous diriger seuls vers la sortie de l’aéroport est un understatement.  Il avait le même regard que ma mère quand elle me disait: « Viens pas brailler si ça vire mal. »  Ce représentant doit être un très bon père de famille.

Mes beaux-parents devaient venir nous chercher à 19:30. Il faisait déjà très noir et l’aire d’attente extérieure n’était pas bien éclairée. Partout, des jeunes allaient et venaient dans des voitures qui n’obtiendraient jamais l’approbation de la SAAQ.  À l’intérieur de chacun de ces dangers-publics, des speakers crachaient de la (très bonne) musique jamaïcaine. Et nous trois, on formait un cercle autour de nos valises en attendant qu’on vienne nous chercher. Les gens nous dévisageaient sans gêne et venaient sans cesse nous demander si on avait besoin d’aide.

-Si votre lift vient pas, j’ai un plan B pour vous, nous dit un chauffeur de taxi.

-On préfère notre plan A, lui répond mon chum.

Le problème, c’était que notre  plan A n’en finissait plus de ne pas arriver. On a téléphoné plusieurs fois à la maison avant d’entendre enfin la voix de Doreta, aussi énergique que chaleureuse:

-On part à l’instant!

Extrait du Petit Laurence Illustré:

Jamaïcan Vibe: Expression anglophone désignant l’art de ne jamais, en aucun cas, se sentir pressé ou stressé par quoi que ce soit.

À mon chum qui venait de raccrocher:

-La maison est à combien de temps de l’aéroport?

-Aucune idée.

-Génial…

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