Archives de Catégorie: Course à pied

La moitié d’un marathon, la totalité de mes forces

Courir 21 km pour souligner nos 25 ans d’amitié et nos 30 ans, c’était l’idée de génie de mon amie France-France. Moi j’étais confortable dans mon 10 km douillet. Je lui ai même suggéré de fêter ça en allant magasiner à New-York, tsé, un marathon de shopping, ça te tente pas?

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Courir un premier demi-marathon, ça doit ressembler à un premier accouchement. Tu sais pas à quoi t’attendre et t’es jamais vraiment prête. Tu t’arranges pour l’être quand le moment se présente. Ce matin, à 8:30 sur le Pont Jacques Cartier, il faisait frette. Tout le monde piétinait pour se réchauffer.  Puisqu’on part en vagues, il y a toujours de l’attente sur la ligne de départ. C’était tellement long que j’ai eu le temps de sentir mon déjeuner être totalement absorbé par mon corps. Et j’ai rêvé les yeux ouverts à 2 oeufs tournés jambon. Les idées se sont bousculées dans ma tête: Si j’y arrive pas?  J’aurais dû faire un dernier pipi avant de partir… Tiens, on a les mêmes chaussures…

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9:20, on décolle enfin. Il pleuvait pas mal fort. On a couru à travers le site de La Ronde. Et sur le 3/4 du circuit Gilles Villeneuve.  Ça allait bien, mais je savais qu’avec l’effet d’entraînement, je courais plus vite que d’habitude. Au 11e kilomètre, sur le Pont de la Condorde, j’ai commencé à sentir la fatigue dans mes jambes. J’ai pris le gel boost d’endurance que m’a tendu un bénévole. Dégeulasse! Imaginez la texture de la mélasse, mais à saveur d’orange pour cacher un arrière-goût de médicament.  5 minutes plus tard, coup de théâtre! Dégeulasse rimait avec efficace! Regain d’énergie. Yeah!

Au 15e kilomètre, dans le Vieux-Montréal, une touriste a lu mon nom sur mon dossard et m’a crié:

-Lâche pas Laurence, t’es bonne!

C’était comme ma mère dans le corps d’une inconnue.  Juste en disant mon nom, cette femme n’a aucune idée à quel point elle m’a fait du bien. Je courais depuis plus d’une heure et demie, ça m’en a pas pris plus pour me faire ravaler mes sanglots.

Je sais pas si vous avez déjà essayé de courir une longue distance en pleurant, mais respiratoirement parlant, c’est pas possible.  16e kilomètre, je cherche encore mon air. Je ne m’entends pas à cause de ma musique, mais les coureurs se retournent, alors je pense que je râle solidement.

Dans un poste de ravitaillement, un bénévole me tend un objet jaune.

-C’est quoi?

-Une banane.

Je râle, et je ne vois plus clair. Ça va ben.

On descend enfin une côte. Possibilité de reprendre le dessus? Pas vraiment.  Après être passés dans le village, on voyait la côte Berri au loin.  Sur 800 mètres, la côte a ri de moi.  À mi-chemin, une fille faisait du renforcement positif avec une pancarte sur laquelle on pouvait lire:  » T’as pas mal! »  Je n’ai qu’une chose à dire: Côte Berri,  je te haïs. Je t’ai toujours détestée en vélo, je te haïs encore plus à pied!  En haut de la côte, il restait 2 kilomètres. 2 tout petits kilomètres. Les supporters étaient de plus en plus nombreux, signe que l’arrivée était proche.

La pancarte d’une autre fille disait: « Si c’était facile, moi aussi je le ferais.  » Ok. J’arrête de lire les pancartes. Trop émue! J’ai besoin de mon souffle si je veux finir!

Quelques secondes plus tard, j’ai franchi la ligne d’arrivée les bras dans les airs pour faire comme les pros. Et j’ai pris une bouchée de ma banane.

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Mon ostéopathe dit qu’il faut être en forme pour faire du sport

Après mon 10km au Marathon de Montréal le 23 septembre dernier, ma flamme (olympique) s’est carrément éteinte.  J’ai mis mes runnings dans un coin et je les ai boudés. Certains jours, quand le soleil brillait, j’avais l’impression qu’il me regardaient avec des yeux piteux, comme un chien qui demande sa promenade.  Remplie de remords, je suis sortie.  Chaque fois, j’ai trouvé que ça manquait de supporters. Ça manquait de postes de ravitaillement et de confettis. Comprenons-nous: Je manquais de motivation.  Comme si le fait d’avoir réussi le défi pour lequel je m’étais tant préparée me comblait et me blasait en même temps.

Coup de théâtre!  Aujourd’hui, j’ai couru mon premier 10km post-marathon. Toute seule. Sans supporters.  Sans marcher. Sans arrêt. Non stop.

Au premier coin de rue, je pompais l’huile.  Partie trop vite.  Tout au long du parcours, j’ai vécu les hauts et les bas. Pas ceux de Sophie Paquin. Les miens.  Ceux de l’orgueilleuse en furie qui pense que tous les passants ont juste ça à faire, checker si elle va pas se mettre à marcher.

Le plus frustrant, c’est courir autour du Parc Lafontaine et croiser  le même quinquagénaire en spandex  2 fois sur le même tour.  Un pas fin. Un pas fin en forme, mais un pas fin quand même. Il est passé où, le respect pour nos cadets?

Une fois bien réchauffée, j’ai décidé de sortir du parc. J’haïs ça, tourner en rond.  Encore une fois, j’ai blâmé mon manque de sens de l’orientation qui me fait toujours manquer le bon coin de rue et m’oblige à courir sur Iberville, la rue des camions poids lourds, des camions de vidanges, des camions de livraison qui laissent tourner leur moteur et du viaduc qui garde toute cette belle pollution à la hauteur du nez des piétons et des coureurs.

Pourquoi traîner une bouteille d’eau quand on peut carburer aux exhausts?

-On dit tuyaux d’échappement.

(Anecdote: L’été passé, en montant la côte Champlain en vélo, il devait faire 42 degrés. Je roulais derrière un camion de vidange qui avançait juste assez vite pour que je ne puisse pas le dépasser, mais que je puisse rouler dans le jus de déchets qui s’en écoulait. Je forçais comme une folle pour monter la côte, le nez dans mon épaule pour ne pas sentir l’odeur de déchets décomposés par la chaleur.  Même le gars accroché sur le marchepied avait pitié de moi! Il me disait: lâche pas la grande!)

En arrivant devant chez-nous, l’application Nike indiquait qu’il me restait encore un kilomètre.  C’est long, un kilomètre qu’en tu viens déjà d’en courir neuf!  Mais j’ai poursuivi ma course, portée par une énergie incroyablement forte; celle du désespoir. Ma face commençait à goûter la fleur de sel.

-Le sel. On dit le sel. Lâche-moi avec ta fleur de sel.

– Je suis une foodie.

Sur le dernier kilomètre, je me suis sentie exactement comme le 23 septembre.  J’étais dans la pub de Sport Expert.  Je courais en essayant de rattraper une autre Laurence. J’avais les mêmes frissons dans tout le corps. Les mêmes yeux brillants. La même fierté.  Et la même envie de me pencher en avant et de tenir mes cheveux pour vomir. Même feeling. Exactement le même feeling.

Mon ostéopathe avait raison.

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Mon 10km du Marathon de Montréal

À 6:30 ce matin, sans cadran,  je me suis levée émue. J’étais un peu stressée aussi, mais étonnamment, j’étais plutôt émue. Depuis quelques années, je constate que les réalisations personnelles (les miennes et celles des autres!) m’émeuvent davantage que les choses tristes.  Voilà pourquoi je pleure comme une Madeleine devant les The Voice, X-Factor et autres America’s got Talent. Voir quelqu’un réaliser son rêve,  je trouve ça über touchant.

En marchant vers la ligne de départ à 8:20, mon chum aurait pu me dire smoked meat-patate-poil- que j’aurais eu les yeux dans l’eau. Il a plutôt choisi de me dire:

-C’est tellement cool! Tu vas faire le marathon! J’suis fier de toi!

-Arrête d’être fin, j’vais pleurer!

Dans la vie, comme plusieurs, j’ai un boulot dans lequel je me réalise, une vie de famille dans laquelle je m’accomplis, des activités sociales… mais pour la première fois depuis vraiment très longtemps, j’allais me pousser à aller plus loin. Me fixer un objectif et l’atteindre. Faire quelque chose que d’autres ne font pas.  Quelque chose que je ne croyais pas pouvoir faire moi-même.  J’allais courir avec 7988 autres personnes qui ont choisi de pousser leurs limites.  En espadrilles et en shorts serrés.

8:35,  le départ était donné. Premier coin de rue, première station de rafraîchissements, premier constat:

Faire simultanément deux actions simples à la base (comme courir et boire dans un gobelet) c’est pas facile. Je m’arrête et je perds de précieuses secondes ou je bois en courant, advienne que pourra?

J’ai choisi advienne que pourra. J’en ai eu plein la face.

J’ai couru un bout avec mon gobelet à la main, cherchant une poubelle. Quand j’ai commencé à me faire arroser les mollets, j’ai compris qu’aujourd’hui, de formidables bénévoles allaient être écologiques à notre place.  J’étais gênée, mais j’ai moi aussi jeté mon gobelet par terre.  Je me sentais comme Don Draper dans Mad Men, quand il secoue sa nappe de pique-nique et abandonne tous ses rebuts dans le parc.

Ma course s’est déroulée à merveille, grâce aux gens qui nous envoyaient la main de leur balcon, à ceux qui brandissaient des pancartes « SOURIEZ! », à ceux qui nous criaient bravo et nous applaudissaient.  Grâce aux bands qui jouaient de la musique le long du parcours, aux bénévoles qui nous tendaient de l’eau, des gels et du jus à saveur de couleur orange.  Certaines personnes étaient venues encourager une personne en particulier, alors que d’autres avaient décidé d’encourager tout simplement.  Je sais que ces encouragements-là ne m’étaient pas uniquement destinés, mais je les ai reçus droit au coeur. Je ne pouvais faire autrement que remercier les gens sur les trottoirs de leur présence.

-Tu faisais ça?!

-Oui. Et j’ai souri aux kodaks, aussi…

-Ça, ça me surprends pas.

-Défaut professionnel.

Après les splashes de jus collant, les yeux qui brillent de bonheur, la côte du viaduc sur le boulevard St-Joseph, (mention aux amis du 21km qui ont monté la côte Berri) les frissons sur Journey (doooon’t stop, belieeeeeeeving!) j’ai vu apparaître le fil d’arrivée. Le feeling était incroyable. Avec tous les gens massés de chaque côté de la piste, je me suis sentie aux olympiques.

J’ai sprinté sur le dernier kilomètre, juste pour flasher, fière d’avoir bien géré mon énergie.

Et j’ai pris mon dernier rafraîchissement des mains de mon bénévole personnel, venu me chercher avec un lait au chocolat.

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Tout ce qu’il faut c’est courir, et partir à temps!

Comme plusieurs, ce soir, je suis tranquille à la maison. Ça fait des mois que j’attends ça.  Demain, je participe au 10 km du Marathon de Montréal.  Au moment où j’écris, mon chum revient de l’épicerie. Il n’a pas voulu que je l’accompagne parce que selon lui, il faut que je « repose mes jambes ».  Je cours depuis l’hiver dernier et honnêtement, je ne croyais pas pouvoir faire 10km d’un coup. Le corps est impressionnant.

Aussi impressionnant  que mon chum qui me fait des pâtes parce que:

-C’est ça qu’il faut manger avant un marathon.

Il n’arrête pas de dire marathon et j’arrête pas de lui dire que c’est un 10 km.

-Tu vas te coucher de bonne heure ce soir, hein? Pour être en forme?

-Bien sûr!

-Une marathonienne, ça se couche tôt. Pourquoi tu me regardes comme ça?

-T’es cute de faire tout ça pour moi…

-Pis t’es même pas malade! Imagine!

Mon chum étant un organisateur extraordinaire, il a aussi invité nos voisins à venir m’accueillir au fil d’arrivée, histoire de profiter de leurs talents de photographes. En échange, on fait un brunch à la maison après la course.

Penser au pain doré pommes-cheddar de mon chum aura le même effet sur moi que la carotte au bout de la canne à pêche pour l’âne.

Mon amour, mon supporter, je te laisse le mot de la fin:

-Avec tout ce que je fais pour toi, t’es mieux d’être bonne!

-Ben là!

-Hahaha! C’tune joke!

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