Jour 3 – Ne devient pas Jamaïcaine qui veut

Je suis toujours prête à découvrir de nouveaux endroits. Quand on m’a annoncé qu’on allait visiter le cimetière familial, j’étais enchantée.  Quand j’ai appris que le-dit cimetière se trouvait tout en haut d’une montagne qu’il fallait gravir,  j’ai déchanté. Qui voudrait escalader une montagne par cette chaleur? Ensuite, c’était la promesse, nous irions à la plage. Doreta a dû me répéter au moins 4 fois de mettre des pantalons et des chaussures fermées.  Comme je m’attendais plus à une butte de terrain de mini-putt qu’à l’Everest, je ne l’ai pas prise au sérieux et je suis montée dans la voiture en robe soleil et en gougounnes.

Durant les premiers jours du voyage, j’avais du mal à m’habituer à la conduite à gauche et au volant à droite. La voiture, elle, avait du mal à avancer sur la route très abrupte et incroyablement étroite qui contournait la montagne.  J’ai prié, en vain,  pour qu’on ne croise personne. Quand une voiture est arrivée en sens inverse, donnant l’impression d’être pilotée par un Jacques Villeneuve en état d’ébriété, j’ai retenu mon souffle. Elle est passé « entre la peinture et la tôle », comme dirait mon père.

Après une longue ascension, (en voiture!) la route était bloquée par une végétation abondante. Visiblement, personne n’avait mis les pieds à cet endroit depuis longtemps.

-Bon ben, on va r’virer de bord, j’cré ben!

J’étais prête à rebrousser chemin et à gagner la plage la plus près, mais mon chum a entrepris d’ouvrir la route en aplatissant tout ce qui se trouvait sur son passage. (J’ai marié un viking.)  Je l’ai suivi, ainsi que Félix et mes beaux-parents.  Le soleil plombait. Le branchage, qui nous montait jusqu’à la taille, me grafignait les mollets et ça m’écoeurait de ne pas voir où je mettais les pieds.  J’avais le goût de me plaindre comme une gamine mais sachant que j’avais choisi de ne pas écouter Doreta,  j’ai aussi choisi de la fermer. Surtout que Félix, 9 ans, suivait sans broncher. C’est ça l’ennui avec les enfants. Faut toujours donner l’exemple. 😉

Je chialais mentalement: « J’peux pas croire qu’on doive faire ça. Quand je pense que je pourrais être à la plage. Je suis sûre qu’on en a pour 5 kilomètres! Ça va prendre la journée… »

Chaque fois que mon chum se retournait pour s’assurer que tout le monde suivait, je lui faisais un grand sourire forcé. Et son regard disait: Je le sais que tu capotes en ce moment. Merci de faire l’effort.

L’avantage de toujours s’attendre au pire, c’est qu’on n’est jamais déçu. Une clairière est apparue comme par magie, seulement 500 pieds plus loin. C’était vraiment impressionnant parce que rien n’annonce qu’un cimetière privé se trouve à cet endroit.

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La pierre tombale la plus récente était identifiée et datée 2010 mais les plus anciennes étaient totalement anonymes. Mes beaux-parents, pour avoir assisté à plusieurs funérailles à cet endroit, savent qui y est enterré mais il leur est difficile de se rappeler sous quelle pierre exactement.  On a passé une bonne heure en haut de la montagne à cueillir des feuilles de pimento (l’épice principale du jerk chicken, qu’on appelle aussi le allspice) avant de redescendre et de se diriger vers la plage. Thank god.

Même si les hôtels tout inclus se sont approprié les plus belles plages de toutes les destinations soleil, les plages locales sont beaucoup plus intéressantes à mon avis.  Celle qu’on a visité en fin de journée s’appelle Old Steamer.  C’est là où mon beau-père se baignait quand il était jeune. La plage tire son nom de l’épave qui se trouve dans l’eau, celle d’un vieux bateau à vapeur. Le site était désert et nous avions la mer rien qu’à nous. On se sentait totalement VIP.

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Avant de rentrer à la maison, on a soupé dans ce que je qualifierais de truck stop jamaïcain. Le resto semblait avoir été installé sous le toit d’une ancienne station service. Le poisson frit était la spécialité, et je dois dire que c’est le meilleur poisson que j’ai mangé en 30 ans, moi la dédaigneuse qui déteste les poissons entiers.

Image 4

C’est là que j’ai découvert les « festivals », le nom qu’on donne aux beignets un peu sucrés servis en accompagnement.  Délicieux! Tranquillement, je sentais que je prenais le beat du pays. J’étais chaque jour un peu plus locale et de moins en moins touriste.  Jusqu’à ce qu’Arthur  me propose de goûter aux yeux du poisson.

-C’est le meilleur! qu’il me dit, faisant exploser un oeil sous sa dent.

Je ne me suis jamais sentie aussi québécoise qu’à cet instant-là.

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14 Commentaires

Classé dans Voyage en Jamaïque

14 réponses à “Jour 3 – Ne devient pas Jamaïcaine qui veut

  1. Pierre Gélinas

    Belle écriture cinématographique prétexte à un scénario.
    Toujours très agréable de te lire.

  2. Louise Quezel

    Oui je dsire m`inscrire.

  3. Paul Lacroix

    On dirait un reportage de « Soleil tout inclus ». Très bon… continue de nous écrire.

  4. Mario Goupil

    Tu es toujours aussi intéressante à lire. Avec ton style, tu devrais sérieusement un jour écrire un livre. Ta façon de t’exprimer nous permet clairement d’imaginer les images et c’est très divertissant. Bravo Laurence.
    En passant, désolé de notre plus voir ta belle binette ;a Soleil tout inclus.

  5. Alain Emond

    Ça c’est des vacances,t’aurais de quoi écrire un livre…!!

  6. Hugo

    Toujours intéressant de te lire. Pour être allé en Jamaiques, ça me rappelle de très beaux souvenirs. Merci Laurence xx

  7. Jo Laro

    J’adore ta façon de raconter tes péripéties. Merci!

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