L’hôpital des machines à espresso

Si je devais choisir entre un café tous les matins et perdre un orteil, je sacrifierais mon équilibre sans aucune hésitation. Je bois du café depuis le secondaire.  Je tiens ça de ma mère. Son rituel matinal l’a toujours fait passer par la cuisine pour partir la cafetière avant de faire quoi que ce soit d’autre.  Je l’ai toujours vue boire son café dans sa tasse de porcelaine rose pâle. Ça avait l’air si réconfortant.

Un matin sans café, c’est comme passer 3 heures dans le trafic avec une migraine et une envie de pipi.

Assez tôt dans ma carrière de junkie caféinomane, je suis passée à l’espresso. Je me souviens de ma première machine. C’était une Breville manuelle. Le jour où je lui ai donné une place de choix sur le comptoir de mon premier appartement, j’ai tout fait pour qu’elle fonctionne. On-off, on-off. Mets le café, tasse le café. Coule pas. Mets moins de café, on-off. Rien à faire. En ligne avec Maxime-que-puis-je-faire-pour-vous-aujourd’hui:

-Avez-vous branché la machine?

-D’après-vous!?

-Avez-vous mis de l’eau dans le réservoir?

-… Ben oui!  Ah, laissez-faire, je vais aller l’échanger au magasin…

J’ai raccroché. J’ai mis de l’eau dans le réservoir en me jurant de tenir ça mort.

Hier, notre machine automatique a rendu l’âme.

-T’as dû faire quelque chose pour qu’elle ne fonctionne plus…

-C’est arrivé soudainement. La porte ne ferme plus.

-Tu l’as forcée?

-Non.

-Dis-le dont, que tu l’as forcée!

-Je l’ai pas forcée.

Au Québec, on a clairement un système de santé à deux vitesses. L’hôpital des machines à expresso est une clinique privée parce qu’on s’est occupés d’elle tout de suite. Et on sait que ce sera pas gratuit.

Mon chum, au médecin:

-Moi je pense que la machine a été forcée.

-Je l’ai pas forcée.

Après sa sérieuse vérification, le médecin a annoncé son diagnostic:

-C’est SÛR qu’elle a été forcée.

Glorieux serait l’adjectif le plus approprié pour décrire mon chum à ce moment-là.  Les deux hommes m’ont regardée, attendant que je me confesse.

-Je l’ai pas forcée.

Je ne pouvais quand même pas reculer. J’ai tenu mon point.  En plus d’avoir des airs de Daniel Pinard, le médecin était un fan de statistiques:

-85% des machines à espresso sont brisées par des femmes, Madame.

Misogyne était l’adjectif le plus approprié pour décrire le médecin à ce moment-là. Je savais qu’il blaguait un peu, mais tout de même, j’ai essayé de me défendre:

-Vous devriez être gentil avec moi, je suis la cliente, et la cliente a toujours raison.

-…mais à 92%, ce sont les hommes qui payent pour la réparation.

Boum! D’un seul coup, j’adorais le médecin. Et j’étais prête à donner raison à ses statistiques pour le démontrer.

-Alors tu avoues que tu l’as forcée?

-Non. Mais je pense que le monsieur va avoir besoin de ta carte de crédit… 🙂

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8 Commentaires

Classé dans Vie de couple

8 réponses à “L’hôpital des machines à espresso

  1. alexandra

    hahahaha vraiment très drôle!! Ça me fait toujours plaisir de te lire!! Je suis super contente que tu nous publie tes aventures régulièrement! J’adore te lire ça me rend heureuse à tout coup!! 🙂

  2. Nelson

    Je viens de lire ta nouvelle à ma copine (maniaque d’espresso aussi…) on étaient tordu de rire.

    à quand un recueil de vos aventures ? 😀

  3. Ginette Lafrance

    t as bien raison….le matin quand y a pas de café….c est vraiment pénible. je te comprends dont.Le principal c est que demain tu verras la vie en rose….comme la tasse de ta maman….ca fini bien ton histoire.

  4. Paul

    Tellement drôle… Je crois que tu as fait ta « blonde » ce jour-là. Tu aurais assez de talent pour écrire des sketchs à « juste pour rire »…

  5. Chloé

    Si ça peut te consoler, Laurence, je connais un homme (mon père en l’occurence) qui a fait pire à sa bien-aimée-Saeco. Un jour, ça lui est passé par la tête de la démonter pour la laver et la détartrer. Il y a passé plusieurs heures, mais il n’a pas voulu attendre que le mécanisme sèche, alors il l’a mis dans le four à faible température pour accélérer le processus… Petit hic : il l’a oublié là et a retrouvé son mécanisme sous forme de galette de plastique dans le fond du four. HI-LA-RANT !! (Pour moi et mon frère, du moins). Ç’a bien failli être une cause de divorce, mais « l’homme » a sorti sa carte de crédit et a racheté le mécanisme interne complet de sa Saeco. hihi

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