Archives de Catégorie: Tranche de vie

En 1991, j’avais 8 ans.

À l’été 1991, Laurence a 8 ans et une tresse de chaque côté de la tête le jour où elle aperçoit des dizaines de belles grosses marguerites à l’orée du bois qui borde sa cours arrière.

Ce jour-là, elle passe un bon moment à cueillir chaque marguerite.  Et un plus long moment encore à les dépouiller une à une de leurs pétales:

-Il m’aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout. Il m’aime, un peu, beaucoup, passionnément…

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Sa cueillette l’occupe une bonne partie de l’après-midi. Elle l’occupe jusqu’à ce que sa mère sorte sur la terrasse et se mette les deux mains devant la bouche, complètement ébahie.

Ce jour-là, Laurence a 8 ans et elle vient d’apprendre que des marguerites, c’est pas toujours sauvage, et certaines grandes personnes sont prêtes à payer pour les avoir dans leur cour.

Et ce jour-là, pour pas faire de peine à sa mère, Laurence n’a pas dit qu’elle trouvait ça un peu niaiseux de payer pour des marguerites, alors qu’il y en a plein les champs, et qu’elles coûtent gratuit.

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Ma nouvelle coupe ou La maladie du faucon

Quand je suis arrivée chez mon coiffeur hier matin, il m’a accueillie en me disant prépare-toi à perdre beaucoup de cheveux. Devant mon visage complètement paniqué, il a ajouté qu’il allait dissoudre un valium dans mon latte et que tout irait bien.

J’ai dit calme-toi un peu, on va parler.

Mon coiffeur étant un homme typique, il n’aime pas entendre la phrase "faut qu’on parle".  Et même s’il l’a vu 43 secondes en 10 ans de collaboration capillaire, mon chum approuve 100% de ses décisions.  Solidarité masculine? Non. Mon chum fait confiance aux professionnels:

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-On dit pas au plombier comment faire son travail. Faut laisser le coiffeur faire le sien.

J’étais donc seule pour défendre mon point:

-J’ai des restrictions, faut qu’on pense à notre affaire.

Le coiffeur s’est énervé:

-Dis-moi pas que t’as la même maladie que ma femme! La maladie du faucon!

-J’ai pas de maladie, je fais juste t’expliquer qu’il faut qu’on puisse les friser. Faut qu’on puisse les aplatir. Et comme je m’entraîne pour le demi-marathon, faut qu’on puisse les attacher.

-C’est ça que je disais! T’as la maladie du faucon!  Faut qu’on fasse ci, faut qu’on fasse ça… Tu sonnes exactement comme ma femme!

-Hahaha! Arrête donc!

Et ça m’a fait pensé…  J’ai pris mon téléphone, et pendant que des mèches de cheveux de 7 pouces tombaient sur le sol,  j’ai texté mon chum pour lui rappeler qu’en fin de semaine, faut qu’on change le luminaire de la cuisine…

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8 ans, bientôt 17?

Avec le fils de mon chum, 8 ans, dans un magasin de jouets. Il sait qu’il est en "repérage" pour son cadeau de fête. En d’autres mots: on n’achètera rien aujourd’hui. Il en est conscient, il vit bien avec ça, c’est un enfant très raisonnable. Il le dit lui-même très souvent: j’vais prendre juste un bonbon, faudrait quand même pas exagérer!..

Mais il me vante subtilement les mérites de plusieurs nouveaux jeux.

-Regarde, ça c’est cool, hein, Laurence?

-Bien sûr!…

-Regarde, le jeux des Simpson!

Les Simpson? C’était cool dans mon temps, ce l’est encore?! Je lui demande:

-C’est pas un peu dépassé, les Simpson?

-Eh…vraiment pas! qu’il me dit avec une face qui signifiait "t’es tellement pas dans le coup"!

Et il ajoute, textuellement:

-Et en plus, ce jeu est très bien coté dans le Protégez-Vous.

Je n’ai rien ajouté. C’était parfait comme ça.

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Mom, je te dis merci x 1000

Le fils de mon chum est en 3e année. Présentement, il apprend les multiplications et les divisions. Et ça me rappelle l’époque où j’étais à sa place.

Pendant cette période-là, mon frère vendait des caisses d’oranges pour financer ses projets scolaires.  Je revois ma mère, à genoux par terre dans la cuisine, en train d’aligner 7 rangées de 5 oranges… et de me demander, un peu à boutte:

-Alors, ça fait combien 7X5 ?

Qu’on se le dise, les maths, ça n’a jamais été ma tasse de thé. Je ne voyais pas l’importance d’apprendre tout ça par coeur, quand on sait que les chinois ont inventé le boulier 3000 ans avant Jésus Christ!

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Mais ma mère se foutait des bouliers, des abaques et de toutes les autres calculatrices préhistoriques. Grâce à elle et à son entêtement, je suis devenue une machine à multiplications.

Avant-hier, la caissière de la boutique d’accessoires de décoration:

-Bon, 8 serviettes de bain à 5$, ça fait 45$ plus taxes.

J’avais envie d’aligner 8 rangées de 5 serviettes devant elle et de lui dire:

-Alors, ça fait combien, 8X5?

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Trop, c’est comme pas assez.

J’adore les barbes de 3 jours.  J’insiste toujours pour que mon chum porte une barbe de cette longueur. J’avoue que c’est difficile à maintenir, tous les poils ne poussent pas à la même vitesse. C’est exactement comme un dégradé de coupe de cheveux de fille.

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Bref, tout ça pour dire qu’on est à la recherche du parfait clipper depuis plusieurs semaines. Tous ceux qu’on a vus dans les boutiques avaient l’air cheap. Même à 150$. Et je refuse de payer 150$ pour un clipper cheap.  Éclair de génie, je téléphone à ma mère:

-Ça prend un clipper commercial, marque Oster, qu’elle me dit sans hésitation.

-Et ça prend quelle lame pour maintenir une barbe de 3 jours… à l’année?

-Tu veux que ça donne comme le dos d’un schnauzer fraîchement tondu, ou d’un teckel au naturel?

Au fait, je vous ai dit que ma mère était experte en toilettage canin?

-Plus comme un schnauzer.

-Va donc vérifier.

Je suis entrée dans la man cave sur la pointe des pieds, j’ai mesuré un poil de barbe : 1/8 fort. Heureusement qu’NCIS jouait à la télé, le principal intéressé ne s’est aperçu de rien.  J’ai commandé le clipper (en solde!) et la lame numéro 7F sur le site d’instruments de toilettage canin.

L’outil de destruction massive est arrivé il y a deux jours.  Parlez-moi d’un objet performant! Jamais vu un clipper avec un moteur V8. Sans farce, faut le tenir à deux mains.  Jusque-là, on se plaint pas, mais la lame est tellement grosse que l’homme pourrait s’ouvrir la gorge en une coupure aussi profonde que parfaitement définie.  Ce clipper est dangereux!

Le nuit suivante, j’ai fait un double cauchemar: 1. Mon chum s’amusait à se faire des dessins dans la barbe. 2. Sa peau était carrément charcutée par la lame et le dessin devenait une scarification!

(Si vous ignorez ce qu’est la scarification mais avez le coeur solide,  je vous laisse le soin de googler les mots "scarification artistique".)

Je me suis réveillée en sursaut, le toupet mouillé étampé tout croche sur mon front.

-Qu’est-ce que t’as?

-Le clipper.  Faut se le faire rembourser.

-Il n’est pas remboursable.

-On va s’acheter un golden retriever, on pourra l’utiliser.

-Dors.

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Quand on aime on compte pas

Les gens qui me connaissent vous le diraient. Quand j’aime, je ne compte pas. Mais je me dis que je devrais peut-être commencer à le faire…

L’étiquette dit 230 calories pour une portion de 3/4 de tasse. 175 grammes, si vous préférez.

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Mais qui sont les Champions du Contrôle, les Reines du Raisonnable capables de s’arrêter après 175 minuscules grammes, c’est-à-dire à peu près 4 bouchées?

Qui est-ce-qui remet le couvercle sur le pot alors que ses papilles dansent le Harlem Shake?

Pas moi.

Si on se fie à l’étiquette, le pot de 500 grammes de bonheur à saveur de citron contient exactement 2.86 portions.  Je viens de manger 2.86 portions. Si les probiotiques étaient verts fluo, je serais phosphorescente à l’heure où on se parle.

J’ai jamais été forte en maths, mais je sais que 230 calories X 2.86 portions, ça fait 657 calories.

Je viens de manger l’équivalent d’un Big Mac et demi. Comme dessert seulement.

-Un chausson avec ça?

- …

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Ma théorie Marty McFly

Si on part du principe qu’il est impossible d’aimer tout le monde, je conclus que j’ai le droit de ne pas aimer ceux qui dépassent dans les files d’attente.  Je ne vous le cacherai pas, j’en fais une affaire personnelle.

Il y a quelques années, aux douanes de l’aéroport de Cancun, on faisait partie d’une file d’attente qui ne finissait plus de ne pas avancer. Celle qui nous fait miroiter qu’à l’autre bout, il y a la promesse d’un autobus voyageur prêt à nous conduire dans un tout inclus de rêve.  Mais avant d’en arriver là, il faut patienter et surtout, guetter les éventuels tricheurs. Ceux qui avancent, leurs valises à quatre roues à la main, l’air distrait.  Ceux qui ne voient pas  les 2000 visages écoeurés qui font la queue depuis trop longtemps. Ils se choisissent un spot au début de la ligne et s’amalgament doucement à elle,  l’air de rien. L’esprit léger.

-Alex, il y a 2 jeunes qui viennent de s’infiltrer. Fais quelque chose, je vais tout casser.

Si vous êtes en train de vous dire que je conserve mon image de fille gentille parce que mon chum se tape la job du pas fin mais que dans le fond, c’est l’inverse… ehh… ben… vous avez tout compris.

Alors mon chum étant ce qu’il est (un ultime bon gars), il a marché jusqu’à l’avant de la ligne et a gentiment informé le couple dans la vingtaine de ce qu’il n’avait "probablement juste pas remarqué":

-Excusez-moi, je suis venu vous informer que la queue de la file est là-bas.

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Je me souviens avoir entendu des gens applaudir sur son passage, tandis qu’il reprenait sa place à côté de moi.  Pendant ce temps-là,  les deux jeunes prenaient une marche de santé jusqu’au bout de la file.  Je ne suis pas une fouteuse de trouble, mais je n’hésiterai jamais à signaler l’injustice.  (Ou à inciter mon chum à le faire, mais il veut pas tout le temps.)

Assis dans l’autobus, on était prêts à partir.  On s’pouvait plus! On allait passer une semaine au Mexique!  Mais les minutes passaient et on ne bougeait pas d’un poil.  Si on avait su où il se trouvait, ç’aurait été plus rapide de marcher jusqu’à notre hôtel. Il faisait chaud parce que l’air climatisé ne fonctionnait pas. On a d’abord cru à un bris technique. Les gens s’impatientaient.  Moi j’avais faim. Tout le monde avait une raison de se plaindre:

-Pourquoi on part pas?

-C’est qui qu’on attend?

-Una cerveza por favor?

-C’est tout le temps long, voyager dans l’sud…

Le chauffeur a affirmé qu’on partirait quand l’autobus serait complet, pas avant. Il restait 2 sièges vides.  Au bout de 2 heures, (Sans farce. 2 heures.)  un couple est entré dans l’autobus.

Le couple qu’on avait renvoyé à la fin de la file d’attente. 

-J’en reviens pas! C’est leur faute, si on a attendu 2 heures!

-Mon amour,  si les 72 personnes dans cet autobus ont 2 heures de vacances de moins cette année, c’est ta faute.

- Tu dis n’importe quoi!

-C’est sérieux!  Tous les gestes qu’on pose dans le présent ont un impact inévitable sur le futur.

-Comme Marty McFly dans Retour Vers le Futur?

-Comme Marty McFly dans Retour Vers le Futur.

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Dans une piscine communautaire près de chez-nous…

Tout a commencé quand j’ai découvert un pli dans mon dos. Deux. Deux p’tit plis.

-C’est l’âge, m’a dit ma mère. Je t’ai vue récemment, t’es pas grosse, ma toune.

C’est peut-être juste moi, mais quand ma mère me rassure sur mon poids, je la crois jusqu’à ce qu’elle m’appelle toune.

J’ai texté mon chum:

-Je te le dis maintenant pour que tu te prépares mentalement. Ce soir, on s’en va à la piscine.

-K.

Dans mon couple, "k", c’est  Je te sens dans un état où c’est mieux pour ma santé d’acquiescer à tout ce que tu dis.

Image 5Quand on est arrivés à la piscine, il restait une demi-heure au bain libre. Et j’ai réalisé que j’avais oublié mes gougounes quand j’ai dû marcher dans le jus de pieds, la sloche de bottes d’hiver, les mottons de cheveux, et les-

-Arrête, je vais être malade.

En sortant de nos vestiaires respectifs, dans toute notre belle blancheur d’hiver, on était comme deux enfants à leur premier jour au camp de vacances.  Angoissés. Gênés. Intimidés. On savait plus si on avait bien fait de venir. On savait pas où mettre nos serviettes. On savait pas quelle partie était réservée à qui et on avait l’impression que tout le monde s’était arrêté de vivre pour regarder les deux perdus.

La piscine nous a tout de suite rappelé le Mexique tellement il y avait du sable dans le fond.  Et elle était trop chaude pour que ce soit rassurant et/ou réconfortant.  J’avais l’impression que les bactéries faisaient de l’aquaforme en même temps de les autres.

Même si l’époque où je faisais de la compétition de natation est loin derrière, je me considère bonne nageuse. Mais après 3 longueurs, j’étais comme une chauffeuse du dimanche qui se fait coller au derrière dans  la voie de gauche.  Michaël Phelps  s’entraîne à la même piscine que moi, vous le saviez?!

Pendant ce temps,  mon chum était devenu vert.

-Mes sushis passent pas.

On pensait se rendre à la piscine pour rien, que 30 minutes ça valait pas la peine. Après 15 minutes, on se retenait de dire au lifeguard de faire preuve d’un peu d’initiative et de commencer à fermer la piscine pour les cours d’enfants qui allaient débuter.  On est restés à la piscine un gros 25 minutes, mais on était aussi fatigués qu’après une journée de déménagement.

Le lendemain matin,  complètement rackés, on a décidé d’aller monter le Mont-Royal.  En 10 ans à Montréal, je ne l’avais jamais fait. Eh ben on a réussi à se perdre. Mais ça, c’est une autre histoire…

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Mon frère est un rameur olympique

Image 4Aujourd’hui, brunch familial. Mon frère était particulièrement en forme. Pendant le repas, il nous a expliqué une théorie qu’il a entendue à la télé, comme quoi les aérateurs à vin, ça sert à rien:

-C’est le plus puissant de tous les rackets! Un gros racket, comprends-tu? Ça marche pas, ils ont fait un test comparatif, ils ont mis le même vin dans 3 verres différents, et personne était capable de dire quelle coupe contenait le vin qui avait été aéré! Un racket j’te dis! C’est le plus inutile des objets!

Il beurrait épais, comme on dit.  Il était tellement convaincu que personne n’a eu envie de le challenger.

Après le repas, j’ai proposé qu’on s’échange nos  cadeaux. Pourquoi attendre? On est tous réunis!

Quand mon frère a déballé celui que lui offrait la blonde de mon père, j’ai pas pu m’empêcher de beurrer épais à mon tour:

-Onnnnnnn! Le bel aérateur à vin !!!

Je me roulais par terre.

-Merci! Pour vrai, celui-là semble être de qualité….

Tout le monde a crié en même temps: VAS-Y ANTOINE, RAME EN MASSE!!!

Du bonbon. Joyeux Noël tout le monde!

Laurence XOX

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Mes péripéties en route pour aller voir Ève-Marie Lortie!

Je suis présentement dans le train en direction de Québec pour présenter demain matin (8:45) dans Salut, Bonjour! une chronique d’idées-cadeaux pour les trippeux de cuisine. Une chronique à mon image: foodie, et dernière minute! Vous connaissez le dicton: mieux vaut dernière minute que jamais!…

À la gare, j’ai passé environ 20 minutes au comptoir d’enregistrement. Ça m’a paru une éternité, surtout que 2 guichets ouverts sur 10, le samedi avant Noël, c’était comme si le patron avait cru à la fin du monde de la veille.

"Deux guichets c’est en masse, y devrait pas avoir grand monde demain…"

Après 10 minutes de recherche intensive, l’employée du guichet 2 m’explique qu’elle voit mon billet réservé mais pour une raison qu’elle ignore, elle ne peut pas l’émettre.  Elle m’envoie à l’employé du guichet 1.  Impatience et soupirs de la part des centaines de "survivants" derrière moi.   Je tente une technique habituellement infaillible en temps de guerre. Je me retourne, et je fais ma face du chat potté.

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Sourires gênés.  Good! Je suis un peu pardonnée.

Mais l’employé du guichet 1 ne comprend pas plus ce qui se passe.

-Je reviens, qu’il me dit.

10 autres minutes s’écoulent. Je suis seule contre une file qui n’en finit plus de s’allonger.  Ça tape du pied.  Je n’ose plus me retourner. Comme moi, le monde a chaud. Le monde est tanné. Les enfants dans leur suit d’hiver ne s’endurent plus. Il revient enfin:

-Tu risques de passer Noël ici, que me dit le gentil Monsieur du guichet 1.

-Écoutez, c’est pas que je vous aime pas, mais vous n’êtes pas mon premier choix…C’est rien de personnel, c’est juste que…

C’était une blague. Mon billet sort de l’imprimante et il me le tend en souriant.

C’est ce que j’aime de Via Rail. En tout temps, les employés restent courtois et souriants.

Mais autour de moi, ce sourire est le seul vrai sourire franc que je vois. Je le remercie et je déguerpis en vitesse.  Mon billet en main, j’entre dans le wagon et je cherche le siège 8-S. Quand je le trouve, une femme est assise dedans. Découragée mais très gentille, elle me dit:

-Ça fait 2 fois que je change de siège, dis-moi pas que c’est ta place?

-Oui, mais le wagon n’est pas rempli, je vais m’asseoir ailleurs, il n’y a pas de problème.

-Non non, c’est ta place, Madame! Madame! Le 8-S c’est son siège, faudrait me déplacer.

Chaos aussi total qu’inutile.

L’employée se lance dans une longue et dynamique explication à savoir comment plusieurs voyageurs peuvent avoir le même numéro de siège sur leur billet.  Pendant la conférence, la voyageuse commence à ramasser ses affaires.  Son manteau, son portable… Ça se bouscule dans l’allée.

Puis, l’employée regarde mon billet et me dit, sur le même ton que ma mère quand j’étais jeune et que j’avais fait une connerie:

Le 8-S, c’est votre siège pour le RETOUR, mademoiselle.

J’essaie de détendre l’atmosphère:

-Ah ben! Ah ben! R’garde dont ça! SURPRISE !… Hehe….

L’autre voyageuse et moi, on rit. Et même si l’employée garde son sérieux,  je vois dans son oeil qu’elle me trouve un peu attendrissante.

Confortablement assise dans le 14-S, je regarde la neige tomber par la fenêtre.  Tout va bien maintenant.

Ève-Marie, j’arrive! :)

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