Si on part du principe qu’il est impossible d’aimer tout le monde, je conclus que j’ai le droit de ne pas aimer ceux qui dépassent dans les files d’attente. Je ne vous le cacherai pas, j’en fais une affaire personnelle.
Il y a quelques années, aux douanes de l’aéroport de Cancun, on faisait partie d’une file d’attente qui ne finissait plus de ne pas avancer. Celle qui nous fait miroiter qu’à l’autre bout, il y a la promesse d’un autobus voyageur prêt à nous conduire dans un tout inclus de rêve. Mais avant d’en arriver là, il faut patienter et surtout, guetter les éventuels tricheurs. Ceux qui avancent, leurs valises à quatre roues à la main, l’air distrait. Ceux qui ne voient pas les 2000 visages écoeurés qui font la queue depuis trop longtemps. Ils se choisissent un spot au début de la ligne et s’amalgament doucement à elle, l’air de rien. L’esprit léger.
-Alex, il y a 2 jeunes qui viennent de s’infiltrer. Fais quelque chose, je vais tout casser.
Si vous êtes en train de vous dire que je conserve mon image de fille gentille parce que mon chum se tape la job du pas fin mais que dans le fond, c’est l’inverse… ehh… ben… vous avez tout compris.
Alors mon chum étant ce qu’il est (un ultime bon gars), il a marché jusqu’à l’avant de la ligne et a gentiment informé le couple dans la vingtaine de ce qu’il n’avait "probablement juste pas remarqué":
-Excusez-moi, je suis venu vous informer que la queue de la file est là-bas.

Je me souviens avoir entendu des gens applaudir sur son passage, tandis qu’il reprenait sa place à côté de moi. Pendant ce temps-là, les deux jeunes prenaient une marche de santé jusqu’au bout de la file. Je ne suis pas une fouteuse de trouble, mais je n’hésiterai jamais à signaler l’injustice. (Ou à inciter mon chum à le faire, mais il veut pas tout le temps.)
Assis dans l’autobus, on était prêts à partir. On s’pouvait plus! On allait passer une semaine au Mexique! Mais les minutes passaient et on ne bougeait pas d’un poil. Si on avait su où il se trouvait, ç’aurait été plus rapide de marcher jusqu’à notre hôtel. Il faisait chaud parce que l’air climatisé ne fonctionnait pas. On a d’abord cru à un bris technique. Les gens s’impatientaient. Moi j’avais faim. Tout le monde avait une raison de se plaindre:
-Pourquoi on part pas?
-C’est qui qu’on attend?
-Una cerveza por favor?
-C’est tout le temps long, voyager dans l’sud…
Le chauffeur a affirmé qu’on partirait quand l’autobus serait complet, pas avant. Il restait 2 sièges vides. Au bout de 2 heures, (Sans farce. 2 heures.) un couple est entré dans l’autobus.
Le couple qu’on avait renvoyé à la fin de la file d’attente.
-J’en reviens pas! C’est leur faute, si on a attendu 2 heures!
-Mon amour, si les 72 personnes dans cet autobus ont 2 heures de vacances de moins cette année, c’est ta faute.
- Tu dis n’importe quoi!
-C’est sérieux! Tous les gestes qu’on pose dans le présent ont un impact inévitable sur le futur.
-Comme Marty McFly dans Retour Vers le Futur?
-Comme Marty McFly dans Retour Vers le Futur.
